Le mur de glace

octobre 2, 2009

J’ai une vue de vitre,

Une vue très triste

Glacée par l’effroi

D’un grand pan très froid.

J’ai une vue brouillée,

Une vue stressée

Par un écran géant

Dressé sur son séant.

Je manie très mal

Les objets de la réalité

Et je reste indifférent

À la mort et à ses instruments.


L’adversaire

octobre 2, 2009

Il est arrivé sans crier gare

Sur le pavé de notre amour

Je l’ai accueilli sans aucun détour

Mais maintenant, je souhaite son départ

Il a trempé son nez très adroitement

Dans le foyer de nos deux vies

Rattachées

Je l’ai embrassé comme un ami

Mais dorénavant

Mes voeux sont différents

Il s’est pointé

Et tout a chaviré

J’ai peine à me l’avouer

Mais tout cela est mérité

Face à lui, imberbe,

Que suis-je?

Une tapette

Je ne fais pas le poids : il fume de l’herbe

Je suis relégué aux oubliettes.


Brise en coeur

septembre 14, 2009

Arrière-goût de suicide dans le pharynx
Œsophage bloqué, trop serré par la peine
D’une cassure permanente,
D’une brisure décadente.

Action finale d’une volonté oppressante,
Incompréhension et regret s’en suivent.
Pleurs incontrôlables d’un homme fragile
Désirant un retour en arrière ou un pardon.

Dis-moi, charmant cupidon,
Quelle est la solution?
Il n’y en a pas, j’ai agis en con
Cloisonnement primaire dans un dur cocon.

Rupture de stock,
Plus aucune émotion en réserve.
Écœurement aigu au niveau de l’abdomen
Ingérer du listerine pour mieux faire passer.

Bas de Noël inutile
Cadeau exorbitant futile
Sapin qui perd ses décorations
Par manque de préparation.

Impression de peser une tonne
Organes glacés d’effroi
Aussi intelligente, je ne trouverai jamais
Deux ans et cinq  mois s’effondrent
Je n’ai plus personne…

Trop d’émotions pour un seul con.


Des extra-terrestres et des fantômes

août 17, 2009

Depuis un certain temps (peut-être deux ou trois levers de soleil),

Je crains une présence autre que la nôtre,

Différente de la nôtre pour les autres,

Des êtres plus intelligents ou plus froids pour notre œil.

J’ai peur des « crop circles » et des photos truquées,

Me repassant mille images par seconde dans ma tête lourde.

Je m’enfouis sous mes couvertures sourdes,

Bien au chaud dans ma réconfortante réalité.

S’il fallait qu’ils existent vraiment,

Nous serions tous réduits au néant.

Nos petits problèmes d’humain deviendraient insignifiants

Et le suicide deviendrait alors tentant.

Mais à quoi bon penser à cela?, me diront plusieurs.

Et ils n’auront pas tout à fait tort ces dictateurs

Mieux vaut s’enfermer dans sa petite bulle

Et ma petite bulle, c’est toi.

S’il faut que je me fasse enlever par E.T. phone home,

Je veux que ce soit avec toi.

S’il faut que je meure,  tué par un odieux fantôme,

Je veux aussi que ce soit avec toi.


Le narrateur

juillet 22, 2009

Je suis né il n’y a que quelques années seulement. J’ai vu le jour, pâle et lumineux à la fois, grâce à la main de l’homme. On s’est servi de moi, sans m’écouter, sans me regarder. Puis, on m’a jeté. Je suis quand même resté debout, mais en mon fort intérieur, plus rien ne bougeait, plus rien n’exultait. Mes yeux de vitre se sont remplis de givre à l’hiver, et de terre à l’été. La poussière m’a envahit; je suis resté de glace. Après quelque temps, je me suis laissé aller. J’ai essayé de tout oublier. Lorsque je me suis enfin crus mort, j’ai entendu un genre de clic. Je croyais rêver : personne n’osait s’approcher de moi. J’ai bien regardé, et quelqu’un prenait des photos. Il avait l’air aussi perdu que moi. Il ne se découvrait aucunement la figure. Il avait sûrement honte; comme moi. Il se dirigea automatiquement vers la pièce que j’ai toujours cachée au grand public. Ma chambre secrète. Mon cœur. Normalement, j’aurais tout de suite régurgité cet être, car je n’accordais à personne le privilège de cet endroit personnel. Mais cette fois-ci, c’était différent. Je me sentais seul et cet étrange personnage semblait comprendre mon état d’âme. Je le conduis tranquillement vers le centre de la place vide. Il s’assit. Il aperçut la dernière trace humaine dans la vitre portant vers le Nord et y porta sa main froide. Il la posa avec exactitude et nous soupirâmes en même temps. Je ressentis alors son délaissement profond et il s’endormit. En fait, je ne sais pas s’il dormait vraiment. Tout ce que je sais, c’est qu’il était immobile. Je décidai donc de l’ensevelir de mon passé, de le recouvrir de ma compassion. Je sentis qu’il comprit Il accepta son sort, et du même coup, moi aussi.


Dépendance paranoïaque

juillet 9, 2009

Je commence à avoir peur de tout; peur de tout pour rien. Je tiens compte de trop de paramètres pour aucune raison. La majorité des gens ne se soucient même pas une seconde de tous ces petits détails pour lesquels mes yeux s’affolent, mes narines s’emballent, mon cerveau s’évapore. Je m’énerve simplement par le fait que je dépens de mon travail pour recevoir un salaire. Si je le perds, je suis à la rue. Finies les études universitaires, finie la vie sous un toit, finie la bouffe quotidienne. J’angoisse en pensant que sans voiture, je suis condamné à ne pas me déplacer, à rester dans mon chez-soi emmerdant. Ou pire, si ma pédale de frein décide soudainement de ne plus m’obéir au doigt et à l’œil (et au pied, bien entendu), je suis foutu. C’est la morgue qui m’attend et non mon chez-soi ennuyant. Et si jamais j’attrapais une maladie incurable là où je travaille? Les singes malades pourraient me transmettre leurs blessures mortelles. Leurs morsures infectes pourraient pénétrer ma chair et infecter mon corps en entier. Me faire perdre la tête. Non, j’ai déjà perdu la tête; je ne peux la perdre une deuxième fois. L’ai-je vraiment perdu? L’absinthe fait un effet aussi cruel sur mon âme de possédé? Sur mon âme dépossédée… J’ai l’impression de parler dans le vide.

Allô? Vous m’entendez? ……………………………………….. (Ici, originellement, la taille de l’écriture est supposé rapetisser de plus plus en plus (c’est un concept), mais je ne sais pas comment faire. J’ai demandé à Capitaine Crunch sur msn, mais il ne me répond pas. J’ai peut-être un peu trop bu. Si vous savez comment (vous les pro de l’informatique), n’hésitez pas à me le dire, ce serait gentil.)


La branlette du siècle

juillet 5, 2009

Tout commence vers l’âge de douze ans. Un ami vous a dit qu’il s’est touché le pénis récemment et qu’il a ensuite ressenti un genre de spasme corporel comme on n’en reçoit jamais. Vous lui demandez de comparer cela à quelque chose d’autre, à quelque chose que vous connaissez, mais il en est incapable. Soit parce que l’événement en question est incomparable, soit parce que vous n’avez que douze ans et que votre intelligence n’est pas assez développée encore pour employer des figures de style. Ou encore parce que vous avez douze ans et que vous n’avez rien vécu. Bref, votre ami vous met au défi, en vous lançant d’être homosexuel si vous ne le faites pas, de l’effectuer le soir même. Il menace même de raconter à tous élèves (ou écoliers si vous êtes précoces) que vous êtes attirés par les garçons (même si nous savons maintenant que les homosexuels aussi ont des pulsions sexuelles et qu’ils savent se satisfaire solitairement).  C’est alors que le soir même, en sortant du bain (oui, le bain. J’ai douze ans : je ne connais pas encore la douche, je laisse cela aux grandes personnes) hebdomadaire, vous tentez l’expérience. Vous y allez lentement : vous êtes gêné avec votre corps, et c’est du nouveau. La peur vous envahit, mais est vite chassée par le sentiment de bien-être qui vous gagne soudainement. Vous accélérez la cadence. Votre ami avait raison : c’est une sensation incomparable. Vous vous faites des images dans la tête pour agrémenter (ou épicer) ce moment. Vous sentez alors que l’ascension est sur le point d’achever. Vous crispez la bouche, resserrez tout le corps et vous vous affalez à plat ventre à côté de la toilette. Après cela, vous commencez à prendre des douches, et ce, régulièrement. Si régulièrement que votre mère commence à se poser des questions. Mais vous vous en foutez : vous êtes au paradis. Puis arrive le moment fatidique où, après votre exercice quotidien, une surprise que vous n’attendiez pas du tout est éjectée par l’urètre. Vous qui croyiez que seule l’urine en sortait. Vous allez chercher des lingettes; merde! il y en a vraiment beaucoup, vous dites-vous. C’est le dernier « beau » moment que vous passerez avec vous-même. Bien sûr, vos allez continuer à vous exercer au tir à blanc, mais ce ne sera plus jamais comme avant. Vous essaierez de retrouver le bonheur que vous avez ressenti à l’âge de douze ans, mais vous savez bien que la première fois restera toujours la meilleure. Ce deviendra plus un besoin, une routine qu’un plaisir. Et un jour, beaucoup plus tard, vous n’arriverez plus du tout à être excité. La seule chose que vous pourrez faire, c’est de vous remémorer ce soir où, la tête sur le carrelage froid, vous avez aperçu une parcelle du paradis.


22 juin 2009

juin 22, 2009

Bonne fête Simon-Pierre! Tu as maintenant 19 ans.


La dame au visage bleu

juin 14, 2009

Première partie

C’était un mardi ensoleillé mais frisquet de mai. Mardi le 20 mai de l’année de mes dix-huit ans pour être plus exact. Faites le calcul, je suis né en 1990. Je circulais à voiture avec, à ma gauche, ma mère. Nous ne sommes pas en Angleterre, donc c’est elle qui conduisait. Nous ne roulions pas à l’aveuglette, non. Nous avions un but précis : la clinique médicale de ville St-Laurent. Je devais effectuer des tests médicaux pour un futur emploi dans le domaine pharmaceutique. Arrivés à destination, après environ 23 minutes de route incluant un arrêt chez Tim Horton, nous attendîmes dans la salle prévue à cet effet. Je devais remplir un formulaire concernant mes habitudes de vie et mon niveau de santé. Je choisis de cocher l’alcoolisme pour rire. J’écrivis ensuite dans la partie commentaires : J’aime bien les citrons. Cette fois-ci, ce n’était pas pour rire, mais plutôt pour allumer le feu chantant en moi. Les personnes en attente avaient l’air constipé. Chacune d’entre elles semblait trembler d’impatience et ne trouvait pas drôles mes bifurcations humoristiques. Tant pis. Qu’ils brûlent, c’est ce qu’ils méritent. La réceptionniste était bête comme une vache et chantait faux. Trente-sept minutes s’écoulèrent le long de l’horloge digitale avant que le docteur, un Chinois, appelle mon nom d’une voix dénuée de tout sentiment humain. Elle était froide comme une morte et stridente comme des ongles de femme glissant le long d’un tableau d’école. Il m’ordonna d’enlever mes souliers et mon chandail. Pour un instant, j’ai cru qu’il voulait abuser sexuellement de mon corps découpé au ciseau industriel. Je chassai cette idée de ma tête à l’aide d’une carabine à plomb. Ce fut assez efficace, vu le vent et l’altitude. Le docteur m’ausculta minutieusement avant de me crier d’attendre dans une autre pièce où plusieurs personnes pratiquaient déjà l’attente. Une autre réceptionniste, un peu moins bête, mais plus grosse que la précédente, m’accueillit à bras ouverts. Elle me dirigea vers une pièce technologique. Cette pièce contenait maints  instruments de torture et de médecine. Elle me pria de m’asseoir, ce que je fis sans hésiter, puisque j’étais fatigué d’avoir attendu. Elle m’expliqua quelques procédures, mais je l’écoutais plus ou moins. J’étais absorbé par les peintures accrochées au mur. Toutes de Salvador Dali. Je trouvais cela bizarre dans cet endroit. De l’abstrait dans une clinique médicale. Tant mieux. Elle profita de mon absorption murale pour me piquer à l’aide d’une seringue sûrement désinfecté dans le jus de citron. Elle manqua ma veine et le liquide se retrouva entre mon derme et mon épiderme. Cela eut pour effet de gonfler un peu ma peau. Je faillis vomir quatre fois, mais j’étais à jeun, donc aucun aliment ni boisson n’emprunta le sens unique de mon œsophage. Après m’être évanoui, l’infirmière me pria d’enlever mon chandail. Je la giflai et lui dis : « Jamais la première fois! » Elle comprit et me demanda alors de souffler dans un appareil extra-terrestre afin de mesurer ma capacité pulmonaire. Elle m’expliqua bien qu’il fallait que je vide mes poumons d’un seul trait et que je pousse tout l’air que contenait mon corps jusqu’à temps que ma figure devienne rouge comme les mains et les pieds de Jésus lors de sa crucifixion. Je m’exécutai une première fois, mais l’essai ne plut pas du tout à la dame.

- Souffle très, très fort et d’un seul coup. Tu dois continuer de souffler le plus longtemps possible. Allez, on réessaie.

Il fallut quatre essais pour qu’enfin ma capacité pulmonaire soit à la hauteur des attentes médicales. En guise de récompense pour mon effort intense, elle m’enferma dans une minuscule boîte métallique et cubique et m’installa des écouteurs sur la tête.

- Le rouge va à droite et le bleu à gauche, qu’elle me dit.

Je me doutais bien que si le rouge allait à droite, alors le bleu irait à gauche, mais peut-être que certaines personnes ont besoin du renseignement en question, faute de quoi ils paniquent et ne savent plus quoi faire. Ils remettent alors leur vie entière en question et se demandent où ils sont, qui ils sont et pourquoi ils sont enfermés dans une petite boîte sombre. Certains ont le cœur trop fragile et finissent par se suicider sur place en s’électrocutant avec les écouteurs. C’est donc pourquoi les infirmières prennent la peine de bien s’expliquer, même si cela peut paraître futile. La même chose se produit souvent au restaurant lorsque la serveuse vous demande si vous avez terminé quand votre assiette est complètement vide et que vous avez même liché le ketchup restant et mangé la pelure d’orange. Elles prennent leurs précautions, elles évitent les suicides de cette façon. Elles n’aiment pas avoir à nettoyer les tâches de sang et à ramasser les restes des cadavres, comme toute personne normale.

- Lorsque tu entendras un son, quel qu’il soit, tu dois appuyer sur ce bouton.

- Et à quoi sert ce test?, demandai-je naïvement.

- À mesurer votre ouïe, bien sûr.

- Ah oui, bien sûr.

C’est ainsi que je fus enfermé pendant  deux  longues heures dans un cube métallique à entendre des sons faibles et bizarres et à appuyer sur un bouton. Le bouton était sur la figure d’un jeune homme souffrant d’acné et à chaque fois que j’appuyais dessus avec mes doigts forts, un drôle de liquide jaunâtre et puant en sortait et s’envolait ensuite vers le firmament. À un moment donné, je n’entendais plus aucun son et je crus avoir perdu mon ouïe, mais la dame vint m’ouvrir et me dit que le test était enfin terminé et que tout était correct. Il ne restait plus qu’un seul test à passer maintenant. Le test ultime : LE TEST DU PIPI! Ou le test d’urine pour les professionnels de la santé. Cela servait à détecter toute drogue que j’aurais consommée durant les derniers jours. Je ne crois pas que ce test serve à détecter le cannabis, car cette drogue douce peut rester dans le corps jusqu’à six longs mois. 75% de la population l’échouerait. Mon urine était d’un jaune foncé, vu ma déshydratation partielle causée par une consommation excessive d’éthanol. Je dus nettoyer le bout de mon pénis avec un papier désinfectant avant de lancer un premier jet d’urine dans la toilette remplie d’un liquide nettoyant de couleur bleue et d’ensuite continuer ma miction dans le petit pot fabriqué à cet effet. Après l’avoir rempli majestueusement, je le montrai fièrement à ma mère avant de le remettre à mon infirmière assignée qui le versa dans deux flacons différents qu’elle rangea dans un sac hermétique destiné au département d’analyse. Elle me regarda ensuite d’un air accrocheur, mais je n’y portai point attention, puisqu’elle était grassouillette. Les tests médicaux complétés, on m’implora modérément de m’installer confortablement dans la salle d’attente pour attendre l’approbation de partir. Je me tournai les pouces seulement durant cinq minutes. On appela mon nom et je pus quitter humblement l’établissement. Ma mère souriait timidement et nous nous perdîmes dans le labyrinthe de couloirs. Nous finîmes heureusement par nous retrouver après 50 dollars dans un métier qui paie 40 dollars de l’heure. Ma mère et moi nous installâmes dans la voiture sport et entrâmes sur l’autoroute où nous aperçûmes une victime qui agonisait dans son automobile à la suite d’une collision frontale avec un mille-pattes.

Deuxième partie

Le mardi soir est ma seule et unique journée de travail de la semaine et aujourd’hui, c’était ma dernière à vie dans cette épicerie. Je rentrai donc au marché avec un cercle bleu dessiné sur mon avant-bras gauche. L’épicerie ne se divise qu’en six rangées où sont placés les produits en ordre alphabétique. Le plafond est bas et il n’y a que deux seules caisses, donc deux caissières à la fois. D’habitude, l’atmosphère est détendue, mais cette fois-ci, elle était plutôt fade. Les clients réguliers n’étaient point venus faire leur tour habituel et une odeur âcre flottait dans l’air lourd. La lumière du soleil pénétrait à peine dans le magasin et on aurait dit que celle artificielle des néons était filtrée par un amas de poussière titubant lentement comme un enfant naissant qui essaie de faire ses premiers pas. Je m’installai au bout de la première ou dernière caisse, tout dépendant de la position de l’observateur, et je commençai à emballer les achats des gens. Certains me remerciaient, tandis que d’autres m’envoyaient littéralement promener. En quatre mois, je me suis fait seulement huit dollars de pourboire. De toute façon, l’emballage n’était pas mon travail principal dans cette épicerie. La majeure partie du temps que j’y passais, je m’occupais du nettoyage et de la propreté.

*

Vers 19h00, je m’étendis sur le sol sec et mélancolique pour ramasser un crayon qu’une caissière avait maladroitement échappé en essayant de séduire l’autre caissière qui tournait son dos au plafond mouillé d’urine de chiens de prairie. Idiotement, je m’endormis. Je rêvai de choses et d’autres et me réveillai seulement après une minute de sommeil profond pendant laquelle mes muscles étaient partiellement paralysés par la foudre sceptique. En ouvrant les yeux, j’assistai à un événement extra-terrestrement extraordinaire : le magasin…  C’est ainsi que j’utilisai mes deux membres inférieurs pour me déplacer jusqu’à l’arrière de l’épicerie. Je m’amusai pleinement à ramasser les détritus éparpillés de façon ordonnée dans l’espace reculé de l’établissement spécialisé en pré gastronomie. Je vomis, mais les éclaboussures juteuses se désintégrèrent avant même d’atterrir, puisque leur vitesse de vol dépassait la limite permise dans cette zone. Déjà, quelques bruits inhabituels se faisaient entendre, mais j’étais trop lucide pour leur porter attention.

*

Je remplis le réfrigérateur laitier de lait partiellement écrémé. Ensuite, j’allai vérifier si celui des boissons alcoolisées demandait un remplissage. C’était bien le cas. Je me dirigeai vers le garage, où le propriétaire entreposait la bière, pour les apporter vers le réfrigérateur. J’en profitai pour en boire une ou deux en cachette. Quel effet délectable! Les heures s’écoulèrent donc stoïquement sans s’occuper de moi, qui exerçait la même fatigante tâche à tous les trois jours. 21h00 sonna plutôt rapidement; je fus agréablement surpris. Le gérant verrouilla la porte d’entrée et glissa les grilles métalliques devant les fenêtres. Je remplis les récipients d’eau savonneuse et, avec la serpillière, je commençai à nettoyer le plancher de l’épicerie. Quelques clients retardataires nuisirent à mon travail, mais je fis preuve de patience à leur égard. Mon patron m’en fût bien reconnaissant. Enfin, la dernière personne sortie du magasin, je me retrouvai seul. Le patron s’en alla chez lui (il habitait au-dessus de l’épicerie), me faisant assez confiance. Mon grand-père le connaissait relativement bien et mes parents étaient allés à l’école avec ses fils. Après la première allée, j’allai vider l’eau pour en mettre d’autre. Je ne pouvais laver toute la surface avec un seul bac d’eau, elle deviendrait trop sale et le plancher ne serait pas lavé convenablement. En tournant le coin des toilettes, j’hallucinai une dame au visage défiguré, portant une robe noire toute déchirée, qui flottait dans le haut du mur. Mon cœur arrêta de battre un instant. Mon souffle fut coupé et je pensai m’évanouir, mais elle disparut après seulement une seconde. Je me secouai la tête nerveusement et me dit que je devais être très fatigué. Pendant que le niveau d’eau montait peu à peu dans la petite cuve, je me dis que je pourrais aller écouter la partie de hockey qui était diffusée à la radio située à l’arrière du magasin. Le Canadien tirait de l’arrière trois à un. Ce n’est pas ce qui allait me remonter le moral. Lorsque je retournai aux toilettes pour fermer le robinet, une flaque aqueuse s’était faufilée sous la porte. Je paniquai un peu, me disant qu’il fallait rapidement que j’atténue l’ampleur du dégât. Je tournai la poignée, mais la porte ne s’ouvrit point. On aurait dit que quelqu’un l’avait verrouillé de l’intérieur. Je cognai donc pour vérifier, mais personne ne me répondit. Je stressais de plus en plus, la flaque se faisant de plus en plus grosse! J’essayai une dernière fois d’ouvrir la porte, mais en vain. Je cognai donc à la porte du propriétaire pour qu’il vienne m’aider. Il apparut en robe de chambre, l’air fâché.

- Tu ne vois pas que tu me déranges, me lança-t-il furieusement.

Mais lorsqu’il aperçut la flaque, l’expression de son visage changea soudainement à l’affolement. Il me bouscula violemment et ouvrit la porte comme si de rien n’était.

- Regarde ce que tu as fait! Tu vas m’enlever toute cette eau! Et que ça saute!

- Oui, répondis-je honteusement. Mais, la porte ne voulait pas s’ouvrir tout à l’heure.

Je rougis.

- La prochaine fois, ne force pas avec tes oreilles.

Je baissai la tête pendant que mon patron remontait à son domicile. Je m’affairai donc à nettoyer cette inondation. Cela me prit 35 minutes, je dus donc me dépêcher pour finir de laver le plancher avant 22h00. En passant devant la boucherie, j’eus l’étrange sentiment que la viande étalée sur le comptoir était de la viande humaine. L’épicerie était réputée pour sa viande et des gens venaient de loin pour en acheter. L’idée qu’elle provenait peut-être d’humains lacérés me rentra dans la tête et ne voulait plus sortir. J’imaginai de pauvres gens se faisant couper en petits morceaux, des enfants avec la gorge tranchée, de vielles dames sévèrement handicapées, décapitées. Je frissonnai. Je commençai à croire que les saucisses étaient en fait des organes génitaux mâles que l’on avait sectionnés avant de les enduire d’une sauce aux légumes. J’eus un haut-le-cœur, mais je pus me retenir. Je me mis à avoir de plus en plus peur. À chaque fois que je passais une étagère, j’imaginais la sorcière de tantôt me sauter au cou et me dévorer sur place. Je tremblais de la tête aux pieds. C’était ma dernière journée de travail, puisque j’avais été engagé à l’entreprise de recherche et je pensai qu’ils voulaient se venger et qu’ils me tueraient sadiquement après m’avoir violé, saigner peu à peu pour finalement me placer sur le comptoir à viande et me vendre à un chanceux qui ferait acte de cannibalisme sans s’en rendre compte. Je passai la serpillière tellement rapidement que je laissai plein de sections sales. Je courus jusqu’à l’arrière et, là, elle m’apparut en chair et en os. Elle avait la figure bleu foncé et elle était partiellement décomposée. Tout son corps était gonflé, sa peau était extrêmement ratatinée, malgré son jeune âge. Ses cheveux laissaient sentir une certaine humidité comme si elle sortait de la douche et ses ongles puaient la crasse et la moisissure. J’étais figé, aucun membre n’exécutait les ordres lancés par mon cerveau. Je souffrais d’une paralysie temporaire. Je levai les yeux et regardai droit dans les siens. Elle me sourit de ses dents gâtées. C’était trop, je m’évanouis. À mon réveil, mon patron se tenait à mes côtés, me tenant la tête paternellement.

- Qu’est-il arrivé?, demandai-je.

- Ça mon p’tit, c’est à toi de me le dire.

Je ne me souvenais de presque rien, mais bizarrement, la dame fantôme zigzaguait dans ma tête. Je lui expliquai ce qui était arrivé et je lui décrivis ma vision. Il sembla ému.

- Celle que tu viens de décrire fut ma seule fille.

- Que lui est-il arrivé?

- Elle est allée camper sur le bord de l’océan aux États-Unis un été et, un soir, ayant un peu trop bu, elle s’est aventurée trop loin au large et elle s’est noyée.

Il se mit à pleurer intensément. Quant à moi, j’étais trop abasourdi pour faire quoi que ce soit. Je me levai machinalement et marchai en direction de ma demeure. En rentrant chez moi, je pris uniquement le temps d’enlever mes souliers avant de me jeter dans mon lit. Je me laissai tomber de tout mon long et, avant de m’endormir, j’aperçus la Fin du Monde qui veillait sur moi.


L’art de posséder une âme

juin 3, 2009

L’angoisse de la page blanche

Et la claire fontaine de jouvence

Qui éclairent les solides branches

D’arbres insoumis qui dansent

Sous le clair de lune sommeille

Un être à la glaire maussade

Qui ronfle comme les sept merveilles

Du monde échangées contre une dorade

Les gens qui lisent du Wagner

Et qui écoutent du Molière

Doutent sceptiquement du rôle

De la femme dans notre société

De gens perdus et de drôles

Qui, après avoir vendu leur âme, sont rassasiés.