Poème moderne pour Charles-Étienne

mai 23, 2011

If I shave my pussy
Then maybe you’ll love me baby

Paris
New York
Montréal
Bretagne

Mille milliards de mille sabords!
À l’abordage!

6000 lieues sur Terre
Un TGV
Une grande roue

Il n’y a que de l’air qui nous sépare

Je dis des mots
Tu dis des mots
Nous disons des mots

En même temps

Mon ami
Mon frère

Un verre de vin
Du blanc
Du rouge

Une bouteille de bière
Une pinte
Un litre
Un baril

Trinquons!

Mon ami
Mon frère

Buvons!

À ton périple
À notre amitié
À notre amour

Buvons!
À nos retrouvailles

Buvons!
À nous

À Charles-Étienne
Mon ami
Mon frère


Catharsis

mai 23, 2011

Une voix authentique
Dans un monde déchu
Par les valeurs capitalistes
Dégradées

L’argent, l’argent, l’argent

Mais on s’en câliss-tu de l’argent!

Cet agent hypocrite
Cet agent à deux faces

(gros breakdown)

De l’homme, de l’homme!
De l’homme, de l’homme, de lom de de d’homme
Brie!

Dans le confessionnal
À travers une réalité grillagée
On se confie mon enfant

“Joue une note sur mon instrument”

Do

FIN


À chacun ses rêves

février 20, 2011

«Les anges sont hermaphrodites et stériles.»
-Charles Baudelaire

À travers le miroir freudien de mon inconscient, j’aperçois la silhouette vieillissante de ma Créatrice. Malgré ses flasques imperfections, je la trouve attirante. Elle est suspendue dans les airs au-dessus de son antre du sommeil, nue, en position levrette. Dans sa solitude infinie, elle se fait l’amour. Je bande. Aucun regret. Elle disparait. J’entre dans sa chambre; je flaire son odeur. L’odeur du sexe. Son côté du lit rempli. Sa partie indépendante et non pédante qu’il reste dans ce couple trivial sent le baroque. Des bibelots, des orgies, des fantasmes. L’atrabilaire que je suis succombe. De l’autre côté, celui du coauteur de l’oeuvre de mon corps, celui qui s’est contenté de peindre tout en blanc ma Première Maison, très poncif, le vide. Il règne, dans cette chambre, une pugnacité aride.

Je l’espionne, elle, métamorphosée en Coeur de Pirate, prendre sa douche. Mon inconscient a sûrement relier l’épithète flasque au corps dénudé de Béatrice. Ma tante m’envoie des signaux radio et mon cousin m’attend dans le sous-sol. La créature castrée me voit. Condamné, j’arrache le bol de toilette et m’enfuit avec. Voilà tout ce qu’il me reste : les vicissitudes de ce monde et les fausses couches récalcitrantes.


Non naissance

novembre 30, 2010

Le sang coule
De la première Maison
Par les fenêtres
Ces fentes abyssales

Le sang coule
Et je le regarde
C’est normal

Le sang coule
Et je rigole
Tout cela n’est qu’une blague

Et la vie
Et cette vie
Qui ne sera pas
Aujourd’hui


Riorim

novembre 17, 2010

Snad sem selliartne seduahc te serucsbo
Nu niavircé es drot ed rueluod
Ne tnalliuobirg ceva sed snoyarc ed srueluoc
Rus nu riorim étnemgarf
Telfer ed nom emâ eétnalgnasne

Tnarépse tnemeniav ertê imov
Rus al egap ehcnalb ed sem seédi
Li etnomer tnemmedra nom egahposeo éuqolb
Lanac tnemerar ésilitu
Tnavarb el ittehgaps te sel setteluob ed zir

Tnemesuelucarim
Li tnietta tnemelanif al eugnal
Y’s ehcorcca tnemérépseséd
Te es ertnom à al ecaf etrev ud ednom

Li etuas te es eiféuqil
Ua tcatnoc ed not sirotilc élfnog ed gnas
Eluoc ertne set sebmaj selanrevih
Te emrof sed serttel seésrevni
Rus el riorim suossed-ne ed set sdeip

Mais ça ne vaut rien
C’est illisible


L’Amour se meurt

octobre 8, 2010

Rendu aveugle par la Folie,
Amour, à travers les non-dits,
Va à tâtons,
Sinon à reculons.

Illusionniste sans pareil,
Du bout du nez se laisse mener,
Dans un monde aux sept merveilles,
Au passage déchirant maintes âmes chevronnées.

Je me lève donc et réclame
Que je serai des ces folles âmes
Du côté de Cupidon

Et de ses illusions.
Je me battrai dur comme fer
Quitte à finir, mon amour, en enfer.


Matériel d’usage

octobre 8, 2010

Sur le coin de la table,
Je rédige mon testament
Lamentable.

Même si je n’ai que 20 ans,
Je sens la vie, de moi, s’émancipant
Laborieusement.

Le brouillard se fait épais
Et moi, docile je me fais;
J’attends.

À Personne, je lègue Tout
Et à Tout le Monde, je ne lègue Rien;
À jamais.


Bière

octobre 3, 2010

Un sonnet sur la joie et la mort.

Tu nais dans la bière de ta mère
Avant de voir ce monde étrange
De gens saouls marchant de travers
Désirant rentrer dans ta grange.

Le passage est par trop étroit
Ils s’étranglent sous ton toit
Meurent asphyxiés et ivres
Désirant respirer par ta digue.

De la bouteille de bière
Ils finissent en bière sous terre
Parmi leurs nombreux confrères

Puant l’orifice intestinal
Délirants; avinés de la joie amicale
L’amour du goulot à leur histoire a mis un point final.


Calcul différentiel

octobre 3, 2010

Août 2007. Je commence le cégep. Je dois me lever tôt le matin. J’habite loin de la ville.

  • Apporte-moi une autre bière Charles, je vais mieux écrire.
  • Tiens.
  • Merci.

Bon, où en étais-je? J’ai de la difficulté à me concentrer sur un sujet en particulier. Mon cerveau est défectueux (ce mot ressemble à déféquer, c’est drôle). J’aime la ville de Montréal.

Ah oui! Je n’y habite pas encore. Août 2007. Je suis imberbe. Je passe les grandes portes de bois massif et je m’engouffre dans ce grand château éducatif. Le plafond est haut; j’ai le vertige. J’ai le goût de me faire tout petit, de disparaître. Tout le monde est aligné et attend je-ne-sais-quoi. Je fais comme eux. Je ne sais pas quoi faire d’autre. J’attends, tu attends, ils attendent. Quoi? L’agenda. On veut se faire diriger. On veut remplir notre temps de tâches quelconques. On veut être occupé.

  • Veux-tu que je ferme ta porte?
  • Non, c’est correct. Je vais aller fumer une cigarette et continuer la rédaction de ce texte plus tard.

Août 2007. 8h02. Je suis en retard à mon premier cours collégial. Je passe le seuil de la porte. Soulagement. Je suis le premier arrivé. Le professeur est souriant. C’est la première journée de cours et il accueille des jeunes tout droit sortis du secondaire. Il sait qu’il ne commencera pas à l’heure aujourd’hui.

Il me remet donc le plan de cours. Je m’assois et en commence la lecture. Calcul différentiel : cours portant sur les dérivées, préalable au cours de calcul intégral (le plus difficile du programme de sciences de la nature : taux d’échec de 50%). Nous traiterons les fonctions polynomiales, verrons comment diviser par zéro et multiplier par l’infini et calculerons des volumes en quatrième et cinquième dimension. Belle façon de détruire toutes les notions apprises depuis l’âge de 7 ans. Petite blague de mathématicien en boni : «Les plus grosses boules se trouvent dans la 5,2e dimension».

Dérivée : un mot qui ne sonne aucune cloche en moi.

Tous mes amis sont en cinéma et, moi, parce que j’étais bon à l’école, je poursuis mes études post-secondaires en sciences de la nature. L’enseignante de chimie me demande pourquoi je me suis inscris dans ce programme. «Parce que je suis bon», que je lui réponds. Vive la modestie. Je passe donc mes journées noyé dans l’odeur du formol, hautement cancérigène, et devant des tableaux remplis de chiffres qui voguent sur des vagues imaginaires. Ah! Les nombres imaginaires. La racine carrée de moins un. Et, matin et soir, le transport en commun. Deux heures de train et trente minutes de métro par jour pour aller visiter l’univers quantique, les métastases et mélanger des liquides puants.

  • Qu’est-ce que tu manges?
  • D’après toi?
  • Des oeufs?
  • On a juste ça.

Désolé, je m’égare une fois de plus.

Je disais donc que durant toute cette première session collégiale, j’ai dérivé des équations comme Tristan a dérivé dans sa barque avec son harpe qu’il frottait faiblement mais hardiment. Pendant ces quatre longs mois qui passèrent rapidement, je ne réfléchissais pas, trop occupé à calculer des aires sous des courbes. J’allais passer à travers tous ces cours sans me poser de questions et devenir médecin. C’était simple.

Août 2008. Je commence à douter. Je retourne au cégep pour entamer ma troisième session. J’ai de bonnes notes, mais la matière ne m’intéresse pas. Je fais les premiers pas vers la remise en question. Est-ce que cela vaut vraiment la peine? Je me rends compte que mes cours de littérature me passionnent au plus haut point. Le soir, chez moi, quand je fais mes exercices de mathématiques, le roman qui traîne sur le bord de la table me captive, me brûle. Je finis par délaisser mes devoirs pour une lecture non académique. Je suis autodidacte…

Deux semaines se sont écoulées tranquillement depuis le départ de ces mots du rivage de mes pensées. Ils stagnent tel un bateau ayant jeté l’ancre. Je jette donc l’encre à mon tour pour lever l’ancre qui retient le texte. Le laisser voguer à sa guise et l’observer de mon grand Arbre, perché.

  • Je t’emprunte un livre.
  • Ok.
  • Océan mer, c’est bon?
  • Oui.

Ces brisures interfèrent violemment avec les mots comme se brisent les vagues sur la coque de mon grand bateau.

  • J’ai pris le bus tantôt. Je ne suis pas habitué. La 55. C’est long. Monter de Sherbrooke à Jean-Talon. J’aurais dû prendre le métro comme d’habitude, mais je passais par Saint-Laurent et je me suis dit que cela ferait changement. J’ai réalisé qu’attendre l’autobus est ridicule. Dans le métro, tout le monde autour de toi pratique l’attente; tu attends donc avec eux. Tu te sens à l’aise; tu te moules bien à la foule. L’autobus, par contre, c’est tout le contraire. Tu attends et les gens passent, marchent, courent autour de toi. Tu ne te sens pas très bien. Tu gigotes un peu. Pour créer l’illusion de mouvement. Cette ruse ne fonctionne malheureusement pas. Les personnes pressées te regardent comme un extra-terrestre évadé de la zone 51. L’autobus tarde. Tu trembles de terreur. Puis, finalement, tu aperçois le haut du mât, puis la voile, et enfin le vaisseau au complet avec à la barre le capitaine. Tu entres, et c’est un soulagement : tout le monde attend comme toi.
  • Le métro, c’est comme la banlieue et le bus, la ville…
  • Si tu le dis.

Mars 2009. C’est officiel : je suis inscrit en écriture de scénario et création littéraire à l’université de Montréal.

2 septembre 2010. C’est officiel : j’abandonne mes études en écriture de scénario et création littéraire à l’université de Montréal. L’approche académique me déplait au plus haut point. Trop froid. Trop sec. J’économise donc mon argent pour m’envoler vers le Vieux continent. La Norvège pour être plus précis. Pourquoi? C’est loin. Les gens parlent une drôle de langue.

  • Jeg spiss pølse.
  • Jeg skal pusse tennene.
  • Ja!

Mars 2010. J’emménage à Montréal. Je vis maintenant avec trois amis dans un généreux 9 1/2 à Villeray. Je vais à l’UQAM. Je suis un tout-petit-gentil étudiant libre. Deux cours de littérature et un de cinéma au programme. De la petite bière. Cela tombe bien : j’adore ce breuvage qui rend le corps lourd et l’âme légère. La vraie tomate commencera en septembre lorsque je serai étudiant à temps plein en études littéraires. J’ai hâte que le grand bateau vienne me chercher et m’embarque  parmi toutes ces nouvelles figures imberbes et inquiètes qui quittent le fin cégep pour l’obscure université. L’univers des grandes personnes. Là où il est interdit de rigoler du sérieux. Demandez à Ludvik Jahn. Il vous le dira. Je divague. Ramenez-moi sur le plancher des vaches. J’ai assez nagé.


Abri gelé

octobre 3, 2010

Le poème où l’accent remplace l’aile

Point G
Abri
Elle
Point

Abri gelé
Réchauffe-moi
Sous tes aisselles
N’importe où

Abri gelé
Enlace-moi
De tes longs bras
Pour que je sente
Ta présence si brûlante
Partout
Sur mon corps endormi

Abri gelé
Noie-moi
De tes larmes
Tièdes
Pour que je ressente
Toute la joie
Que tu me cèdes

Abri gelé
Caresse-moi ardemment
De tes mains, peler
Ma chair en lambeaux saignants

Point G
Abri
Elle
Point


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