À chacun ses rêves

«Les anges sont hermaphrodites et stériles.»
-Charles Baudelaire

À travers le miroir freudien de mon inconscient, j’aperçois la silhouette vieillissante de ma Créatrice. Malgré ses flasques imperfections, je la trouve attirante. Elle est suspendue dans les airs au-dessus de son antre du sommeil, nue, en position levrette. Dans sa solitude infinie, elle se fait l’amour. Je bande. Aucun regret. Elle disparait. J’entre dans sa chambre; je flaire son odeur. L’odeur du sexe. Son côté du lit rempli. Sa partie indépendante et non pédante qu’il reste dans ce couple trivial sent le baroque. Des bibelots, des orgies, des fantasmes. L’atrabilaire que je suis succombe. De l’autre côté, celui du coauteur de l’oeuvre de mon corps, celui qui s’est contenté de peindre tout en blanc ma Première Maison, très poncif, le vide. Il règne, dans cette chambre, une pugnacité aride.

Je l’espionne, elle, métamorphosée en Coeur de Pirate, prendre sa douche. Mon inconscient a sûrement relier l’épithète flasque au corps dénudé de Béatrice. Ma tante m’envoie des signaux radio et mon cousin m’attend dans le sous-sol. La créature castrée me voit. Condamné, j’arrache le bol de toilette et m’enfuit avec. Voilà tout ce qu’il me reste : les vicissitudes de ce monde et les fausses couches récalcitrantes.

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